Agro-Industrie Economie

Entrepreneuriat au Bénin : Quesiah, la marque qui valorise le savon kôtô

  • mars 9, 2026
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Par Julien AGBEZOUNHLON

Entrepreneuriat au Bénin : Quesiah, la marque qui valorise le savon kôtô

« Nous avons des produits adaptés à notre environnement et à notre santé, valorisons-les. » C’est l’appel lancé par la promotrice de l’entreprise béninoise Bénin Béni, Madame Rébéca SOHIZOUN, lors d’un entretien spécial accordé à votre média Economia24.

Dans cet entretien, la promotrice revient sur la genèse de la marque Quesiah, le chemin parcouru depuis sa création, les défis rencontrés ainsi que les perspectives de développement pour promouvoir le consommons local. Suivez l’intégralité de cet entretien réalisé par Julien AGBEZOUNHLON.

Economia24 : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis Rébéca SOHIZOUN, promotrice de l’entreprise Bénin Béni. Notre entreprise est spécialisée dans la production, la transformation et la distribution du savon noir artisanal, communément appelé savon kôtô, commercialisé sous la marque Quesiah.

Comment est née cette marque ? Quelle est l’histoire derrière Quesiah ?

L’histoire de cette marque remonte à nos origines. Je suis originaire du département du Couffo, où la brèche dentaire, communément appelée dents du bonheur, est considérée comme un symbole de beauté naturelle.

Lorsque nous avons voulu créer la marque, nous avons pris le temps d’analyser plusieurs éléments : la sonorité du nom, son esthétique à l’écrit et le message qu’il véhicule.

Notre objectif était de valoriser un produit ancestral et historique, tout en y apportant de l’innovation. C’est ainsi que nous avons introduit la lettre “i” dans le nom pour donner Quesiah, afin d’illustrer cette dimension d’innovation.

En résumé, Quesiah symbolise un secret de beauté naturelle inspiré de la tradition mais amélioré grâce à l’innovation, à travers un savon noir modernisé.

Quels sont les différents produits que vous proposez ?

Nous produisons d’abord le savon noir brut, et nous maîtrisons également la production de la matière première. Pour nous, il ne suffit pas seulement de produire, il est important de contrôler toute la chaîne de production. Nos produits de base comprennent : le savon noir à l’huile de palmiste ; le savon noir à l’huile de palme, le savon noir au beurre de karité.

À partir de ces bases, nous développons plusieurs gammes adaptées aux différents types de peau. Par exemple : le savon surgras, adapté aux peaux sensibles les savons enrichis au miel, au curcuma et au citron, adaptés aux peaux grasses des savons spécifiques pour les enfants. Nous avons également développé des gels douche à base de savon noir. L’objectif est d’adapter ce produit traditionnel aux habitudes modernes afin de lui redonner toute sa place dans le quotidien des consommateurs.

Qu’est-ce qui distingue vos produits des autres savons noirs disponibles sur le marché ?

La première différence réside dans la maîtrise de notre matière première. Nous utilisons notamment les restes de régimes de palmier, afin de valoriser toute la chaîne du palmier à huile.

Dans le palmier, rien ne se perd : l’huile de palme ; l’huile de palmiste ; la cendre qui permet d’obtenir la potasse, base du savon.

Nous avons aussi travaillé sur l’un des freins à l’utilisation du savon noir : son odeur. Nous avons donc développé des formulations enrichies en huiles essentielles et plantes naturelles comme le moringa, afin d’obtenir un savon plus agréable à utiliser tout en conservant ses bienfaits naturels.

Enfin, notre procédé de fabrication respecte la méthode ancestrale héritée de ma grand-mère. Ce qui donne au produit toute son authenticité.

Parler nous du démarrage de vos activités et du processus de fabrication

Nous avons commencé officiellement nos activités en 2021.

Le processus de fabrication comporte généralement quatre étapes principales. Pour produire le savon, nous avons besoin de trois éléments essentiels : la potasse, une matière grasse (huile de palme, huile de palmiste ou beurre de karité) de l’eau.

La première étape est la saponification, qui consiste à mélanger les ingrédients. Ensuite apparaissent les traces, qui sont travaillées pour former une masse.

Cette masse est ensuite moulée sous forme de dômes, à partir desquels le savon final est obtenu. Tout le processus se fait avec des calculs précis et des mesures rigoureuses.

Les débuts ont été difficiles, notamment face à la concurrence des produits importés. Mais grâce aux analyses et aux améliorations continues, nous avons réussi à proposer un produit aujourd’hui très apprécié sur le marché national et même régional.

En quoi le soutien aux produits locaux peut-il contribuer au développement de l’économie nationale ?

Le savon noir représente un secteur à fort potentiel économique. Notre activité implique plusieurs acteurs de la chaîne de valeur : des femmes dans les villages, des coopératives et différents fournisseurs de matières premières. Nous produisons à Calavi-Ouèdo, et plusieurs femmes de notre localité travaillent avec nous. Certaines ont été formées par notre entreprise et disposent aujourd’hui d’une source de revenus.

Nous collaborons également avec l’ANPE, qui nous met en relation avec des jeunes que nous intégrons dans notre équipe depuis près de trois ans.

En tant qu’entreprise formelle, Bénin Béni paie aussi ses impôts, ce qui contribue directement à l’économie nationale.

Les produits Quesiah sont-ils accessibles à toutes les bourses ?

Oui. Nos produits sont disponibles à Agla à Cotonou, mais également dans plusieurs pharmacies à Cotonou, Abomey-Calavi et Porto-Novo. On peut aussi les retrouver dans certains supermarchés, notamment : Monsinaï ; No Market la boutique Duty Free de l’aéroport et même à Erevan.

Quel message adressez-vous à ceux qui restent encore réticents face aux produits locaux ?

Je voudrais d’abord remercier tous les acteurs qui œuvrent pour la promotion du Made in Benin. Aujourd’hui, des institutions comme la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin ou la Chambre des Métiers de l’Artisanat travaillent activement à promouvoir le consommons local. Il ne s’agit pas de supprimer les produits importés, mais nous devons être fiers de ce que nous produisons chez nous. C’est lorsque nous valoriserons nos propres produits que le reste du monde viendra également les chercher.

Quelles sont vos perspectives pour l’avenir ?

Notre ambition est de mettre en place une véritable industrie formelle de production de savon noir, au niveau national et régional.

Nous souhaitons devenir une grande unité de production respectant toutes les normes, capable de produire des tonnes de savon noir homologué destinées aussi bien aux industries qu’aux grandes surfaces. Je précise d’ailleurs que notre savon noir est déjà homologué.

La marque Quesiah a déjà reçu combien de distinctions ?

Nous avons reçu plusieurs distinctions : Prix de la qualité et de la performance (2023) – Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin Prix de l’Entrepreneur en lumière (2024) – Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin, 1er prix dans la branche Hygiène et soins corporels (2025) – Chambre des Métiers de l’Artisanat. Nous figurons également dans plusieurs ouvrages, notamment « Les nouvelles Amazones du Bénin ».

Que direz-vous pour conclure ?

Je remercie Economia24 pour l’intérêt porté à notre entreprise, notamment lors du Salon “Mise sur Moi” organisé par la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin en décembre 2025.

Nous espérons que ce travail de promotion du consommons local portera ses fruits et permettra de mieux faire connaître nos produits, afin de contribuer au développement du Bénin.

Propos recueillis par Julien AGBEZOUNHLON/Economia24

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