Economie

JSEB 2025 : Le prix Nobel d’économie, James Robinson marque les esprits à Cotonou

  • novembre 30, 2025
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Par Julien AGBEZOUNHLON

JSEB 2025 : Le prix Nobel d’économie, James Robinson marque les esprits à Cotonou

(Economia24)-Le professeur James Robinson, prix Nobel d’économie en 2024, était à Cotonou les 27 et 28 novembre 2025 dans le cadre des Journées scientifiques de l’économie béninoise (JSEB 2025).

Après la cérémonie d’ouverture officielle des travaux par le Directeur de cabinet du ministère de l’Économie et des Finances, le professeur James Robinson a ouvert la série de conférences inaugurales.

Après les 48 heures de travaux intenses mettant en valeur le rôle des institutions dans le processus de prospérité des nations, les travaux ont pris fin le vendredi 28 novembre 2025 sur une note de satisfaction.

Au cours de la cérémonie de clôture, qui a connu la participation d’un parterre de personnalités de l’écosystème économique international, le professeur Jude Eggoh est revenu sur la première conférence inaugurale animée par le professeur James Robinson.

Voici le résumé de sa présentation fait par le professeur Jude Eggoh :

« Le professeur James Robinson a proposé une lecture renouvelée de l’histoire politique et économique de l’Afrique subsaharienne afin d’expliquer la trajectoire singulière que le continent a suivie dans le contexte de la grande divergence économique mondiale des deux dernières décennies.

Il a mis en avant un fait majeur : avant la colonisation, l’Afrique a été extrêmement fragmentée politiquement, rassemblant des dizaines de milliers de communautés autonomes.

Cette configuration n’a pas été interprétée comme un signe de faiblesse, mais comme le produit d’une logique sociale profondément ancrée.

Au cœur de son propos, le professeur James Robinson a introduit le principe de “wealth in people”, une conception de la richesse fondée avant tout sur les relations humaines.

Dans de nombreuses sociétés africaines, la valeur d’un individu ou d’un groupe dépend de sa capacité à attirer, à mobiliser et à conserver les personnes autour de lui.

Le communautarisme, associé à une forme d’individualisme, a contribué à structurer l’alignage et les clans.

Ce système a favorisé la cohésion tout en instaurant une vigilance collective à l’égard de toute concentration excessive du pouvoir.

Ainsi, toute tentative de centralisation a été perçue comme une menace potentielle pour l’équilibre communautaire.

Le prix Nobel a rappelé que des États avaient émergé dans certaines régions, tels que les royaumes d’Abomey ou les royaumes continentaux. Mais qu’ils s’étaient généralement appuyés sur des structures hybrides combinant autorité politique et organisation lignagère.

Par ailleurs, l’Afrique s’est distinguée par sa capacité à intégrer les étrangers, souvent considérés comme une ressource sociale et non comme un danger.

 Cette norme d’ouverture, alliée à une forte tolérance entre communautés, a favorisé la cohésion spatiale en limitant l’expansion territoriale.

Le professeur James Robinson, prix Nobel d’économie en 2024 a montré que les institutions économiques et religieuses avaient également reflété cette logique.

L’économie n’a pas été orientée vers l’accumulation matérielle, mais vers la consolidation du tissu social.  Ce qui a empêché l’apparition d’un marché foncier ou de technologies à grande échelle.

La religion s’est appuyée sur les ancêtres, et les médiations locales n’ont pas recherché l’universalité ni le prosélytisme.

Bien adaptées à leur environnement, ces structures ont cependant rendu les sociétés africaines vulnérables aux chocs extérieurs. D’abord la traite, puis la colonisation, qui ont exploité et accentué la fragmentation politique existante.

En conclusion, le professeur Robinson a souligné que l’Afrique n’avait pas développé de philosophie de l’État comparable à celle de la Grèce ou de la Chine, où l’autorité avait été légitimée par des doctrines universalistes.

L’État moderne y est ainsi souvent perçu comme une entité importée.

Selon lui, trois faits majeurs ont marqué la trajectoire institutionnelle du continent : d’abord, la combinaison particulière de collectivisme et d’individualisme ; ensuite, une attitude traditionnellement ouverte envers les étrangers ; et enfin, l’absence de religion universelle.

Ces éléments, loin d’être des handicaps, ont façonné l’originalité historique du continent et les défis qu’il a rencontrés. »

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