Economie Finances

Ghana : L’étau monétaire se desserre

  • mars 23, 2026
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Par Julien Agbezounhlon

Ghana :  L’étau monétaire se desserre

La Banque centrale du Ghana (BoG) a réduit son taux directeur de 150 points de base, le ramenant de 15,5 % à 14 %. Une décision très attendue par les marchés, rendue possible par le net reflux de l’inflation.

Cette mesure a été annoncée à l’issue de la 129ᵉ réunion du Comité de politique monétaire (MPC), tenue du 16 au 18 mars 2026. Elle s’inscrit dans la continuité du cycle d’assouplissement monétaire engagé après la crise de la dette qui avait profondément ébranlé le Ghana, contraint de recourir au soutien du Fonds monétaire international (FMI). L’évolution de l’inflation constitue le principal facteur de cette décision. En février 2026, le taux annuel est tombé à 3,3 %, son niveau le plus bas depuis le rebasage de l’indice des prix en 2021, contre 23,1 % un an plus tôt et plus de 50 % à la fin de 2022. Il s’agit de la 14ᵉ baisse consécutive de l’inflation, soutenue par l’appréciation du cedi, l’amélioration de l’offre alimentaire et la rigueur de la politique monétaire menée ces deux dernières années.

Vers un maintien de l’inflation

Les autorités monétaires estiment que l’inflation devrait se maintenir dans la fourchette cible de 6 % à 10 % à moyen terme. Elles mettent toutefois en garde contre des risques à la hausse, notamment liés à la volatilité des prix du pétrole dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes au Moyen-Orient, susceptibles de perturber les chaînes d’approvisionnement mondiales et de raviver les pressions inflationnistes.
Sur le plan macroéconomique, les indicateurs sont globalement bien orientés. Le PIB réel a progressé de 6,0 % en 2025, contre 5,8 % en 2024, porté notamment par les secteurs des services et de l’agriculture. L’indice composite de l’activité économique a enregistré une croissance annuelle de 8,4 % en janvier 2026.
Par ailleurs, la dette publique a été ramenée à 45,3 % du PIB à fin 2025, contre 61,8 % un an plus tôt, illustrant l’ampleur de l’effort d’assainissement budgétaire mené sous la supervision du FMI. Les réserves de change se sont établies à 14,8 milliards de dollars à fin février 2026, soit l’équivalent de 5,8 mois de couverture des importations.

Un modèle en Afrique

Le secteur bancaire montre également des signes d’amélioration. Les actifs et les dépôts progressent, tandis que les créances douteuses reculent. Le ratio des prêts non performants (NPL) est ainsi passé de 22,6 % à 18,7 % en un an. Bien qu’encore élevé, ce niveau a conduit la Banque centrale à engager des mesures réglementaires spécifiques.
Enfin, le taux moyen des prêts bancaires a nettement diminué, passant de 30,1 % à 19,2 % entre février 2025 et février 2026, favorisant un redémarrage progressif du crédit au secteur privé.
Le redressement économique du Ghana s’affirme progressivement comme un modèle en Afrique, démontrant comment une politique monétaire rigoureuse, alliée à des réformes structurelles ambitieuses et cohérentes, peut restaurer la stabilité et relancer durablement la croissance.

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