PDG d’Afrik Créances : « Il faut repenser la mobilisation des ressources locales »
- novembre 11, 2025
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Par A.S.
Par A.S.
En marge de la première journée des BOAD Development Days, Blaise Ahouantchédé, PDG de Afrik Créances et initiateur du Forum international de l’intermédiation, du numérique et de l’innovation (FONI), partage une analyse lucide sur les défis du développement dans l’espace UEMOA.
Il plaide pour une approche plus endogène, inclusive et pragmatique.
Economia24 : Vous avez participé à la première journée des BOAD Development Days. Quelles sont vos impressions générales ?
PDG, Blaise Ahouantchédé : Je suis avec beaucoup d’attention l’évolution de notre région, et j’ai moi-même porté des initiatives comme le Forum international de l’intermédiation, du numérique et de l’innovation (FONI), qui vise à rapprocher les acteurs de l’intermédiation, du numérique et de l’innovation.
Ce type de rencontre est essentiel, car pour une fois, nous avons eu un espace de vérité. Tous les grands acteurs étaient là : la BOAD, la BCEAO, et d’autres institutions.
L’intervention de Mamadou Cissokho, président du Réseau des organisations paysannes de l’Afrique de l’Ouest, m’a particulièrement marqué : il a dit ne pas se reconnaître dans le film projeté. Ce témoignage est fort.
Se projeter vers l’avenir est nécessaire, mais cela ne doit jamais se faire en oubliant nos réalités locales. Nous n’allons pas bâtir demain sur un mirage.
Avant de rêver de TGV comme en Europe, commençons par diagnostiquer honnêtement notre situation, écouter nos communautés, et proposer des solutions concrètes, adaptées à notre tissu socio-économique.
Vous insistez sur l’importance d’une approche endogène. Pourriez-vous développer cette réflexion ?
Je partage entièrement le diagnostic posé par l’ancien Premier ministre Lionel Zinsou : nous avons besoin de réformes profondes. Il faut adapter nos institutions, nos mécanismes de financement, notre système éducatif à nos réalités concrètes.
Le secteur privé doit devenir le véritable moteur de la croissance. Mais cela ne peut se faire que si l’on investit sérieusement dans la jeunesse, dans la formation, et si l’on donne plus de place aux femmes dans l’entrepreneuriat.
Il faut également repenser la mobilisation des ressources locales pour financer notre propre développement. Ce message, je l’ai d’ailleurs défendu le 8 juin dernier sur le plateau de l’émission « Zone Franche ». Ce que je constate ici, à ces journées de la BOAD, c’est que ces idées commencent à faire consensus. Et cela me donne de l’espoir.
Vous lancez un appel à l’union des initiatives. Pourquoi est-ce si crucial aujourd’hui ?
Nous avons trop longtemps avancé en ordre dispersé. Les initiatives se multiplient, les forums aussi. C’est bien. Mais à un moment, il faut fédérer les énergies.
Le FONI, que nous avons lancé, s’inscrit dans cette logique. Lors de l’édition 2025, j’ai déjà plaidé pour la création d’une alliance stratégique regroupant les forces de l’intermédiation, du numérique, de l’innovation, mais aussi du financement.
Je compte solliciter une audience auprès du président de la République pour porter cette vision. Nous avons aujourd’hui une fenêtre historique.
Le développement ne viendra pas de l’extérieur. C’est à nous de prendre notre destin en main. Il est temps de passer à une action concertée, orientée, et portée par des convictions profondes.
En résumé, quel message adressez-vous aux acteurs économiques et institutionnels de la sous-région ?
Le temps n’est plus aux discours creux. Il faut agir. Rassembler. Mettre les réalités locales au cœur des politiques publiques.
Et surtout, croire en nos capacités internes à transformer nos économies. Nous ne manquons ni d’idées, ni de talents, ni de ressources.
Ce qu’il nous faut maintenant, c’est une volonté collective, portée par tous les acteurs – publics, privés, communautaires – pour bâtir une croissance durable, inclusive et souveraine. Réalisation : AYIMAVO Sylvanus
