Interview

Bénin : Les femmes de Djakotomey fabriquent et vendent leurs biofertilisants

  • octobre 26, 2026
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A Djakotomey dans le Couffo, les femmes utilisent des plantes de leur environnement pour préparer des biofertilisants destinés aux cultures

Bénin : Les femmes de Djakotomey fabriquent et vendent leurs biofertilisants

Dans la commune de Djakotomey, des femmes utilisent des plantes de leur environnement pour préparer des biofertilisants destinés aux cultures. Vendue à 700 FCFA le litre, leur production reste toutefois limitée par le travail manuel et le manque d’équipements. Marthe Chigblo, présidente de l’Association communale des femmes agricultrices (ACFA) de Djakotomey, explique les changements apportés par l’agroécologie, les difficultés rencontrées par les productrices et leurs besoins pour développer cette activité.

Economia24 : Vous expliquez que l’agroécologie a changé les pratiques agricoles des femmes de Djakotomey. Qu’est-ce qui a concrètement changé dans vos exploitations ?

Marthe Chigblo : Avant, lorsque nous voulions cultiver du maïs, par exemple, nous devions acheter de l’engrais chimique. Même lorsque nous n’avions pas suffisamment d’argent, nous cherchions les moyens d’en acheter, quitte à en prendre une quantité insuffisante pour nos champs. Aujourd’hui, nous pouvons récolter des plantes dans notre environnement et préparer nos propres biofertilisants. Même lorsque nous n’avons pas les moyens d’acheter de l’engrais chimique, nous disposons d’une autre solution pour fertiliser nos cultures.

Les membres de l’association fabriquent-elles elles-mêmes ces biofertilisants ?

L’association accompagne cette démarche, mais les femmes peuvent également fabriquer ces produits individuellement dans les différentes localités de la commune. Nous avons appris à reconnaître les plantes disponibles autour de nous et à comprendre leur utilité pour l’agriculture. Auparavant, nous les connaissions sans savoir que nous pouvions les utiliser pour préparer des fertilisants.

Quelles plantes utilisez-vous et comment les transformez-vous ?

Nous utilisons notamment des herbes, la citronnelle et le petit piment. Nous les récoltons dans nos champs et dans notre environnement, puis nous les préparons pour obtenir des biofertilisants. Ces plantes ne nous coûtent rien à l’achat. En revanche, leur transformation demande beaucoup de travail.

Quels résultats économiques avez-vous personnellement obtenus sur votre exploitation ?

Sur mon exploitation agricole, dont la superficie est bien inférieure à un hectare, le bénéfice annuel net varie entre 40 000 et 50 000 FCFA, soit environ 61 à 76 euros. Lorsque nous faisons le bilan de nos dépenses et de nos recettes à la fin de l’année, nous pouvons dégager un bénéfice. Mais le travail est difficile.

Nous ne faisons pas uniquement de l’agriculture. Nous menons aussi de petites activités commerciales, notamment la vente au marché, pour compléter nos revenus. L’agriculture ne constitue donc pas toujours notre seule activité.

Qu’est-ce qui vous a conduites à adopter l’agroécologie ?

Nous avons constaté que de nombreuses personnes, des femmes comme des hommes, tombaient malades. Cela nous a amenées à nous intéresser à d’autres pratiques agricoles, avec la volonté de mieux protéger notre santé. Après avoir recueilli nos besoins, des projets ont identifié notre intérêt pour l’agroécologie et nous ont accompagnées.

Nous avons notamment bénéficié de formations dans le cadre de projets comme Delta Mono, le CASCADE (Catalyzing Strengthened Policy Action for Healthy Diets and Resilience) et le Projet d’appui au développement agricole et à l’accès au marché (PADAAM). Ces initiatives nous ont permis de découvrir d’autres méthodes de production et de mieux comprendre les possibilités offertes par les ressources naturelles de notre environnement.

L’Association communale des femmes agricultrices existe depuis 2024. Pourquoi était-il important de regrouper les productrices ?

L’association a été créée en 2024 pour rassembler les groupements de femmes de la commune et favoriser leur participation au développement local. Nous voulons travailler ensemble, promouvoir l’agroécologie et soutenir les initiatives susceptibles d’améliorer les conditions de vie de notre communauté.

Lorsqu’un projet accompagne une seule femme, les résultats peuvent rester limités. Nous souhaitons que les initiatives profitent au plus grand nombre et que leurs effets se prolongent après la fin des financements. Nous travaillons également avec le maire de Djakotomey pour présenter nos besoins et défendre les initiatives susceptibles d’aider les femmes à développer leurs activités génératrices de revenus.

Qu’est-ce que les formations ont changé dans la vie des femmes de l’association ?

Avant, certaines femmes avaient du mal à prendre la parole en public. Elles ne se rencontraient pas régulièrement et n’avaient pas toujours l’occasion de présenter leurs activités. Avec les formations et les rencontres, les choses ont changé.

Aujourd’hui, elles peuvent se présenter devant un public, expliquer ce qu’elles font, parler de leurs villages ou arrondissements et évoquer les difficultés qu’elles rencontrent. Elles ont davantage confiance en elles et peuvent défendre leurs initiatives.

Toutes les femmes de la commune ont-elles accès aux formations en agroécologie ?

Pas nécessairement en même temps. Nous pouvons sélectionner une dizaine de personnes pour une formation. Elles deviennent ensuite des relais et transmettent leurs connaissances à d’autres femmes. C’est ainsi que nous essayons d’élargir progressivement les compétences au sein de la commune.

Les formations ont également concerné des hommes, des personnes en situation de handicap et d’autres personnes vulnérables. Nous voulons que personne ne soit laissé de côté. Notre participation à ces initiatives est aussi liée à la présence de la réserve de biosphère dans notre environnement.

Quelles difficultés rencontrez-vous encore dans la fabrication des biofertilisants ?

Nous avons surtout besoin d’équipements pour transformer les plantes. Pour le moment, nous effectuons l’essentiel du travail à la main. Nous coupons les herbes, nous les pilons et nous les préparons manuellement. C’est pénible et cela prend beaucoup de temps.

Avec la citronnelle, par exemple, le broyage est particulièrement difficile. Sans équipement adapté, nous pouvons passer toute une matinée à préparer une petite quantité de produit.

Quelle amélioration attendez-vous de ces équipements ?

Nous pensons qu’un équipement adapté nous permettrait d’augmenter considérablement notre production. Là où nous arrivons difficilement à préparer deux litres dans la matinée, nous pourrions peut-être en produire dix avant dix heures. Cela nous ferait gagner du temps et nous permettrait de répondre à davantage de demandes.

Nous ne connaissons pas précisément les machines dont nous avons besoin. Nous souhaitons donc être accompagnées pour identifier les équipements adaptés à nos méthodes de production.

Comment comptez-vous améliorer la commercialisation de vos productions agricoles ?

Nous sommes en train de nous organiser pour mieux vendre nos produits. Nous envisageons de créer un espace où les femmes pourront proposer leurs productions agricoles, notamment le maïs, le niébé, le soja, le manioc et d’autres produits issus de leurs exploitations.

Nous avons sollicité le maire de Djakotomey pour obtenir un emplacement où nous pourrions nous retrouver chaque semaine et vendre des produits issus de l’agroécologie. Pour le moment, nous faisons surtout de la sensibilisation et du bouche-à-oreille. Chacune présente ses produits à son entourage, qui en parle ensuite à d’autres personnes.

La fabrication et la vente des biofertilisants pourraient-elles aussi créer des activités génératrices de revenus ?

Une personne qui ne possède pas de terre peut aussi récolter les plantes disponibles dans son environnement, fabriquer des biofertilisants et les vendre à des agriculteurs qui en ont besoin. Cela pourrait offrir une activité génératrice de revenus à d’autres femmes, au-delà de celles qui cultivent directement leurs champs. Nous vendons notre biofertilisant liquide à 700 FCFA le litre.

Comment comptez-vous préserver les ressources naturelles dont dépend cette activité ?

Nous récoltons principalement les herbes qui poussent dans nos champs. Nous ne cherchons pas à couper les arbres au hasard pour fabriquer nos produits. Nous utilisons les plantes disponibles dans notre environnement, tout en sachant que la pratique de l’agroécologie demande du travail et de l’organisation.

Qu’attendez-vous pour développer davantage l’agroécologie à Djakotomey ?

Nous voulons que l’agroécologie se développe davantage dans la commune. Nous avons besoin d’équipements pour faciliter la préparation des biofertilisants, mais aussi d’un meilleur accompagnement pour organiser la production et la vente de nos produits.

Nous avons déjà acquis des connaissances et les femmes commencent à appliquer ces méthodes. Il faut maintenant nous aider à aller plus loin, afin que le travail soit moins pénible et que les bénéfices de l’agroécologie profitent à un plus grand nombre de femmes.

Interview réalisée par Sylvanus AYIMAVO

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